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Randonnée
de février
C.Q.F.D - Chauny
A Tergnier-Quessy
dimanche
22 Février 2009 |
La Cité
a-t-elle livré tous ses secrets ?
D'un symbolisme
à l'autre, Daniel Druart offre un nouveau décryptage
de la Cité-jardin de Quessy.
La
Cité originelle telle que l'a rêvée Raoul
Dautry.
Quatre-vingt-huit ans après l'inauguration de ce qui fut
la plus grande cité-jardin de France, un Ternois de 72
ans, Daniel Druart, redécouvre l'environnement quotidien
de son enfance à la lumière d'une révélation
: de nombreux éléments structurants de ce petit
bijou d'urbanisme relèvent plus sûrement de la symbolique
compagnonnique que d'une allégorie de la locomotive
Voilà une nouvelle qui va faire du bruit dans le Landerneau
! La Cité des cheminots construite par Raoul Dautry ne
serait pas ce modèle urbain célébrant autour
d'une succession de places symbolisant le train de roues d'une
locomotive l'intégration de la vie sociale et de la vie
privée dans l'univers professionnel ; elle serait une
véritable cathédrale urbaine, érigée
selon les principes, les règles et probablement les finalités
qui depuis le moyen âge unissent les bâtisseurs de
cathédrales.
Celui qui prend le risque aujourd'hui de briser le mythe des
roues de locomotive partagé par quelques générations
de cheminots, de Ternois, d'historiens et d'urbanistes, est né
dans cette cité. C'est dans cet univers filiateur qu'il
prend plaisir à guider ponctuellement les visiteurs selon
un parcours empruntant aux souvenirs de son enfance.
C'est sur ce parcours que se sont multipliés au fil des
visites, les signes annonciateurs de la fin d'un mythe auquel
il adhérait depuis toujours sans plus de question que
ne peut en susciter une version de l'Histoire communément
admise.
Des signes anodins d'abord, révélés par
l'incapacité de répondre formellement aux questions
posées par les touristes d'un jour. " Pourquoi cette
forme triangulaire si singulière de la tour de l'école
Veltin, dont l'horloge marque encore l'heure du meurtrier bombardement
du lundi de Pâques 1944 ? "
Des signes plus profonds ensuite, révélés
par la quête de réponses aux questions en suspens
à travers plusieurs des ouvrages biographiques consacrés
à Raoul Dautry. " Comment un ingénieur SNCF
aussi rigoureux et pointilleux que Raoul Dautry a t-il pu dessiner
une roue de locomotive ovale ? " interroge Daniel Druart.
Un vrai petit mystère que les hasards de la vie ont propulsé
chez lui du rang d'anecdote à celui de révélation.
Le cheminot
et le compagnon
À
la lecture d'un ouvrage consacré au compagnonnage, Daniel
Druard découvre que Raoul Dautry évoluait dans
les plus hautes sphères de cet ordre fondé sur
le culte de l'excellence. " S'il s'est imprégné
du compagnonnage, alors il a forcément signé son
chef d'uvre ! " s'exclame t-il. Et comme nul ne doute
parmi les plus réputés spécialistes de l'uvre
de Dautry, de l'intérêt particulier que l'ingénieur
en chef manifestait pour Sa Cité de Tergnier, Daniel Druart
n'a à aucun moment douté, lui, que le chef-d'uvre
en question soit cette cité-là et aucune autre
du réseau du chemin de fer du Nord.
Dès lors, les signes compagnonniques lui sont apparus
à l'évidence comme autant de pièces d'un
puzzle reconstituant la Cité dans une dimension jusqu'alors
insoupçonnée.
L'équerre, la règle, le compas, l'étoile
- représentation allégorique du grand architecte
de l'univers - à partir de laquelle le fil à plomb
trace l'axe vertical du chef-d'uvre, le lac d'amour - représentation
allégorique du labyrinthe dans lequel l'homme doit trouver
le chemin qui le mènera de l'éphémère
à l'éternité
Autant de symboles que
l'il de Daniel Druart, de plus en plus aiguisé par
l'initiation au symbolisme compagnonnique - et par extension
maçonnique - extrait de l'enchevêtrement apparent
des rues et places de la Cité.
Daniel Druart pourrait croire au hasard si ses investigations
ne l'avaient pas conduit à recenser une somme considérable
de hasards renvoyant à la culture des bâtisseurs
de cathédrales, dans un espace aussi restreint que celui
d'une cité structurée par deux axes formant une
parfaite croix latine.
Lorsqu'il se replonge dans la cité de son enfance, il
se laisse du coup gagner par la fièvre du gamin qui déflore
un secret de grands. Une réminiscence de ses jeunes années
peut-être mais force est de constater que les générations
successives de cheminots témoignant de leur vie dans la
Cité évoquent un véritable sanctuaire caractérisé
par la sérénité ambiante.
DANIEL DRUART :
" J'AI JOUE LES CHAMPOLLION"
Daniel
Druart est né dans la Cité. Il y a grandi et y
a vécu les bombardements de la seconde guerre mondiale
depuis la ferme du belvédère où il a partagé
le quotidien de ses grands parents maternels, à quelques
enjambées du domicile des grands parents paternels. Son
grand père était sous chef de dépôt.
Il l'aime tellement, la cité de son enfance, que la retraite
venue, il y guide volontiers des groupes de marcheurs au fil
d'un parcours qui allie les bienfaits de l'exercice physique
à ceux d'une gymnastique cérébrale empruntée
au registre du tourisme industriel.
Il marchait régulièrement ; il lisait beaucoup,
sur Dautry, sur les chemins de fer, la révolution industrielle
et tout cela aurait suffi à lui procurer un tranquille
agenda de retraité si le hasard des vacances ne lui avait
pas fait rencontrer un jour Jean-Pierre Bayard, un spécialiste
de l'ésotérisme, auteur de plusieurs ouvrages consacrés
au compagnonnage, à la franc-maçonnerie et au symbolisme
des cathédrales notamment. C'était en Dordogne,
dans la salle de restaurant d'un hôtel frappé -
cela ne s'invente pas - de l'écusson des Templiers.
L'autre
Raoul Dautry
De cette
rencontre, Daniel Druart a conservé ce qui n'était
dans un premier temps qu'une curiosité pleinement satisfaite
par la lecture. Jusqu'à ce que la lecture lui révèle
ce lien subtil qui unit le champ d'investigation du spécialiste
en ésotérisme à sa Cité à
lui, Daniel Druart : c'est à Raoul Dautry lui-même
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que l'on doit la présentation, en 1951, d'un ouvrage de
référence intitulé Le compagnonnage, écrit
par le compagnon Jean Bernard, instigateur de l'unification des
corporations.
Sur le parcours d'un homme qui a cheminé de la Compagnie
des chemins de fer du Nord au Ministère de la reconstruction
en passant par la direction du chemin de fer de l'État,
la Compagnie transatlantique, Hispano Suiza, le conseil à
l'énergie atomique et le gouvernement Laval, l'introduction
de l'ouvrage fédérateur de Jean Bernard aurait
pu n'être qu'anecdotique si elle n'avait pas éclairé
les zones d'ombres de l'histoire de la Cité sous un nouveau
jour.
Un puzzle
Décrypté
à la lumière des codes compagnonniques, la succession
de cercles, dont un ovale, évoque bien moins sûrement
selon Daniel Druart les trois roues d'une locomotive que les
trois pôles de l'universelle triade Ciel-Homme-Terre.
Des triangles, des carrés, des cercles ? " Cela nous
renvoie au registre très hermétique des architectes
du trait " explique t-il. Des maîtres d'uvre
dont on prétend qu'ils étaient capables d'échafauder
le plan d'une cathédrale sans la moindre mesure, par le
seul recours aux lois de la géométrie.
" Dès lors, les indices se sont accumulés,
chacun d'eux venant étayer l'interprétation du
précédent " explique Daniel Druart tout excité.
Cela vaut pour les figures comme pour les noms des rues, leur
enchaînement, leur voisinage ou au contraire leur opposition.
À l'instar des cathédrales conçues comme
des livres ouverts, la Cité porte l'empreinte de la conception
Dautryenne de l'épanouissement de l'Homme : rue des vertus,
de l'espérance, du Paradis, Rues Pascal, Voltaire, Michelet,
Laplace
" J'ai joué les Champollion et au final, je pense
que Raoul Dautry a couché le plan de sa cité-jardin
comme on dresse un schéma heuristique " explique
t-il. Entendez par là qu'il se serait appliqué
à offrir une représentation spatiale des qualités,
des connaissances, des dispositions particulières qui
concourent à l'épanouissement humain selon un parcours
initiatique qui ferait de la Cité l'écrin d'une
culture spécifique. À la manière, en somme,
des catéchèses monumentales que sont les cathédrales
mais cette fois à l'échelle d'une agglomération
de 1 112 logements construits sur 110 hectares.
JOEL DESMARET :
"ON NE MANQUAIT DE RIEN"
En concevant
sa cité comme un sanctuaire édifié sur le
corporatisme, Raoul Dautry a insufflé une culture qui
- fait troublant - a survécu au " Maître "
comme à son chef-d'uvre
Les témoignages de ceux qui vécurent au sein de
la Cité d'antan en attestent : la distribution des lieux,
ses équipements et la culture qui y réglaient les
rapports humains dans tous les compartiments de la vie quotidienne
firent de Cité un véritable sanctuaire.
" On était bien dans notre campagne " se souvient
Renée Meresse. Interrogée en septembre dernier
par nos confrères de FR3 Picardie, elle évoquait
une Cité " dans laquelle on ne manquait de rien ".
" Il y avait tout : cinéma, dispensaire, école
ménagère car on nous apprenait aussi à faire
à manger ".
Elle évoquait aussi Madame Heugel, " une Américaine
qui avait des pouvoirs sur la Cité " explique t-elle.
La mère, en l'occurrence, de Jacques Heugel, ami très
proche de Raoul Dautry, qui était aussi le pivot de la
politique sociale Dautryenne dans la Cité.
Dans l'action de cette femme à laquelle le plan initial
de la Cité consacre une rue entre l'entrée Est
de la Cité (celle des initiés qui apportent la
lumière du soleil levant) et le cur de la Cité
(la place du 113), Daniel Druart voit la transposition de la
Mère compagnonnique - celle qui veille à la dimension
sociale de l'apprentissage sur le tour de France.
La dimension sociale ? Joël Desmaret en est lui aussi imprégné.
" Que l'on s'abîme un genou en tombant et on allait
directement au dispensaire se faire soigner " se souvient-il.
Comme Renée Meresse, il se souvient " n'avoir manqué
de rien ". " Il y avait cinéma, stade, piscine,
centre de loisirs, école, économat "
De la Cité de son enfance, il parle comme d'une vaste
cour de récréation dans laquelle les enfants s'épanouissaient
au rythme des règles collectives auxquelles veillait le
conseil de Cité. Pas de police ; " juste deux gardes
champêtres que l'on appelait Double mètre et Nenoeil
". " Si on se faisait prendre à faire une bêtise,
le père était mis au courant au boulot et ça
chauffait lorsqu'il rentrait ".
Quels rapports, d'une façon générale, avec
les adultes ? " Il y avait toujours une place pour nous
mais ils ne s'occupaient pas particulièrement de nous.
Si on voulait regarder la télé, on allait chez
le voisin et lorsque c'était fini, on disait au revoir
et merci ".
Quels rapports avec Tergnier ? " On n'y allait pas beaucoup
; Tergnier, c'était la ville ! " se souvient Chantal,
l'épouse de Joël.
Le propos est si semblable, au mot prés, à celui
de René Méresse qu'il en est troublant. Renée
Meresse a effet vécu son enfance dans la Cité-jardin
originelle qui fut en grande partie détruite par les bombardements
; Joël et Chantal Desmaret ont vécu la leur dans
la Cité reconstruite selon un modèle résolument
différent de celui de Dautry. Deux cités différentes
donc, mais une même culture qui a traversé les générations
pour ne s'essouffler que progressivement jusqu'à alimenter
des regrets au sein de l'actuelle population de la Cité.
Et si Raoul Dautry avait mis le doigt bien avant l'heure sur
le concept d'habitus selon lesquels les sociologues décrivent
les interactions entre l'individu et son environnement ?
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